IL AVAIT 13 ANS EN 14...
CLEEMPOEL Louis, né le 8 mai 1901
Septembre 2003 - documents de famille (Lucien Cleempoel), collection privée et collection Hunia Castellum.
Août 1914, difficile de décrire la tragédie que nos aïeux appelaient "la grande guerre"...

La commune de Jumet paya un lourd tribut à ce conflit ; dans ce contexte, un adolescent, aux premières loges des exactions teutonnes.

Mardi 4 août à 10h, l'ambassadeur d'Allemagne remettait à notre ministre des Affaires Etrangères, M. Davignon, la réponse prussienne au rejet par la Belgique d'un ultimatum demandant le libre passage de son armée par notre territoire.  L'allocution du Roi à la Chambre reste ferme, notre pays dit non !!

Jumet a vu 86 maisons de la chaussée de Bruxelles incendiées, 10 civils assassinés et de nombreux pillages...

En marge de ce récit, quelques documents pour illustrer le début du premier conflit mondial.
Les troupes remontent la chaussée de Bruxelles et dressent des barricades.
J'ai eu l'heureuse initiative d'enregistrer à la fin de sa vie, ses souvenirs de jeunesse et particulièrement ce qu'il avait vécu, lui enfant, sa famille et la population de Jumet lors de l'invasion et pendant la "grande guerre".

Dans les premiers jours, ce qui l'a le plus marqué, c'est le passage - lui semblait-il "pendant des heures" - de régiments de Dragons français.  Ceux-ci, chevaux épuisés par les marches et les contre-marches, venaient du briset de Ransart et fuyaient vers Charleroi.

Les Allemands les suivaient de près et la peur s'était installée dans la population jumetoise à l'annonce de la mise à feu de la chaussée de Bruxelles.

Prenant pour prétexte l'action des francs-tireurs, ces soudards lançaient des pastilles au phosphore dans les maisons et avaient obligé bon nombre de civils à marcher devant eux pour leur servir de bouclier.

Une barricade installée à la "Planche", avait quelque peu retardé l'avance des troupes et provoqué l'incendie de Charleroi.
Comment vécut-on ces moments difficiles et quelles étaient les nouvelles que la population recevait des combats ?

"Les journaux relataient les faits de résistance des forts de Liège mais les combats de Charleroi - Gozée n'ont été  connus que bien après. 
Les nouvelles et reportages étaient loin de ce qu'ils pourraient être maintenant... "
Et la fameuse Garde Civique ?
Voici la fameuse garde civique, unité bourgeoise censée arrêter le déferlant vert de gris.  Elle fut dissoute sans avoir réellement livré combat.
"Très peu pour ne pas dire pas du tout d'efficacité.  C'était une "armée du dimanche" qui ici, en tous cas à Charleroi n'a pas tiré un coup de fusil.  Elle fut d'ailleurs dissoute très rapidement.
L'occupation ?
Voici nos conquérants, apparemment la troupe pillait, incendiait et s'amusait bien... !
"La peur a persisté longtemps après le passage des armées.  Cette peur était telle que lors des réquisitions, l'obligation - sous peine de mort - de déposer à l'administration communale toute arme détenue par les civils... l'on a vu dans les brouettes jusque des fusils en bois ayant fait le "Tour de la Madeleine" !
Le ravitaillement ?
Souvenir de la guerre 1914 : transport de farine, ravitaillement de Jumet.
"Les gens avaient faim et j'ai fait un jour, avec mon père, le trajet aller-retour Jumet-Nivelles, où j'avais de la famille, pour rapporter, à pieds, quelques kilos de pommes de terre".
Festivités.  Fêtes de quartier ?
Ausweis de Mr Cleempoel Louis
"Cela était interdit.  Pas de rassemblement.
Pour la Madeleine, des pèlerins, par petits groupes, ont quand même réussi à faire le Tour.
La seule façon de se soulager des misères était, en 1916, et ce pour quelques privilégiés, d'aller voir jouer une opérette au théâtre Varia."


Déportation ?

"En 1916, les Allemands instaurent le travail forcé.  Tous les jeunes chômeurs sont invités à se présenter à la gare de Marchienne.  Mon frère aîné y échappe parce qu'aux études à Nivelles.
Les autres...  Direction Prusse Orientale !"

Nouvelles du front ?

"Pas de journaux.  Pas de radio.  Très peu d'échos de ce qui se passait dans les Flandres."
Fin de la guerre ?
Voici deux photos prises à l'Institut Dogniaux : des soldats français et allemands qui, blessés au front, y furent soignés.
"On a senti qu'il se passait quelque chose.  Quelques bombes sont tombées à Roux et ont fait des victimes.

On avait l'impression que la défaite allemande était imminente.  On regardait passer une armée en déroute, réquisitionnant des chambres par la force et...
apportant la gale tant la malpropreté était grande (pas de DDT à l'époque !).

La révolte grondait déjà avant le retour en Allemagne (2è semaine de novembre 1918) mais l'arrogance des soldats contribuait à entretenir la peur dans la population."
La libération ?
Deuxième Régiment de Chasseurs à pieds, Bd Audent à Charleroi
"Les Anglais sont arrivés et ont partagé la maison pendant plus de trois semaines.

Un souvenir heureux et inoubliable, c'est la rentrée du 2è chasseur à Charleroi (en lieu et place du 1er).

La population et tous les étudiants étaient massés au Boulevard Audent et acclamaient, en folie, l'entrée triomphale des "Petits Chasseurs" arrivant de la route de Mons.  La musique jouait "Tiperary".

Fusil à l'épaule, baïonnette fleurie au canon, c'était une forêt multicolore en marche."


"IL AVAIT 13 ANS EN 14.  C'ETAIT MON PERE."
            Lucien Cleempoel
Pour David HENRY
email me
Pour Lucien CLEEMPOEL, votre E-mail parviendra à l'administration du site.  Précisez le destinataire !
email me
CLEEMPOEL Lucien
HENRY David