Lucien DELVECCHIO
LE CHARBON

Evolution Socio-Industrielle
XVII siècle
1616

Echange de Escherenne, sur l'emplacement de Philippeville, contre la terre de Jumet entre les Archiducs Albert et Isabelle et les abbés de Lobbes.
Eschainge, admortissement, don, cession et transport faict par leurs Altèzes au prouffict des Prélat, religieuls et couvent de Lobes de l'advoerie de Hingne et Jumet, réservez les droicts et mortemains et meilleur catel, en contre eschainge de la seigneurie fonsière d'Escherenne cédée au prouffict de leurs dictes Altèzes par lesdits e Lobes, à charge, de par iceulx, pour le mieux vaille desdictes seigneuries de Hingne et Jumet.

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Allencontre et en eschange de tout quoy, nous avons esté contens de donner, céder et transporter ausdicts Prélats, religieux et couvent de Lobes, comme noue leur donnons, cédons et transportons par cesdictes présentes, de nostre certaine science, auctorité et puissance absolute, pour nous et nos successeurs, héritablement et à toujours
L'adouvie de Hingne et Jumet, en plain droict et en tel estat qu'elle est présentement et selon icelle jusques à maintenant nous a appartenu, asscavoir : le droict de l'assiete audict Hingne et Jumet.

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item, la moitié des fosses charbonnières estant audict Jumet.
1647

On pouvait lire, dans un mémoire sur le Hainaut,
...  Le travail des carbonniers n'a de semblance avecq aulcun aultre.  Tant à cause des ténèbres qui l'environnent que de la fatigue et grand labeur que l'arrachement du carbon de houille demande.
L'ouvrier attaché à la veine, que l'on nomme "picqueur" n'a pour soy mouveoir qu'un estroit couloir, où il est comme couchié; auculnes fois il doibt ramper à la samblance d'une beste et ne peut souvent que difficilement courber ses bras et sa teste.
1670

A cette époque, Jumet est sous l'administration de Lobbes qui fait partie de la Principauté de Liège.  Le règlement ci-dessous prouve l'aspect commercial de la matière.  Des fraudeurs (poids, balances) escroquent déjà les consommateurs...
REGLEMENT POUR LA MESURE DE LA HOUILLE

Publié par Pierre de Bourfillet, mayeur de Jumet, à la sortie de la messe paroissiale le 20.11.1670.


Maximilien Henry, par la grâce de Dieu, archevêque de Cologne, Prince Electeur du Saint-Empire Romain, Archichancellier par l'Italie et du Saint-Siège Apostolic Legat né, Evêque et Prince de Liège et Hildesheim, Administrateur de Bergtesgade et Stavelot, Duc des deux Bavières, du Haut Palatinat, Wesphale, engeren et Bouillon, Comte Palatin du Rhin, Landt-Grave et Leuchtemberg... (etc)

A tous qui ces présentes verront lire orront :

Les maîtres de Fosses, et marchands de Houilles, et charbons, résidents tant dans notre cité de Liège, qu'aux rivages de Meuse nous ont très-humblement remontré comme quoi il se glisserait divers abus et tromperies par quelques particuliers, les quels n'étant établis de notre Autorité Principale ni de notre Grand Maieur, nis de nos Baillifs, et seigneurs dans leurs districts, se disent Maquignons, et Maquilleresses desdites Houilles et Charbons, exerçeants souvent diverses fraudes , qui tendent à la ruine desdits Maîtres et Marchands, et d'autres croians avoir leur poids, et mesures ordinaires, néantmoins feroient défraudez à raison des balances et poids trompeur comme pareillement par mesures injustes, lesquels se sont faites suivant le prototipe de Xhansion séellé et marqué de nos armes, et mis autres, où ce même Commerce s'exerce, nous aiant supplié en même humilité qu'il nous plût d'y pourvoir de remède convenable par le règlement que nous jugerions le plus propre, et avantageux pour le bien, et maintient du dit Commerce : ce qu'aiant fait communiquer tant à notre Grand Maieur le Baron Lynden, qu'à nos Grand Bailly des Rivages, et aian là-dessus vû leur avis, nous avons de notre Autorité Principale établi et ordonné le Règlement suivant :

Premier, qu'avec le poids de gonge servant à peser les houilles, qui a été d'ancienneté établi à cent quarante-quatre livres, sera adjouté doresnavant un trai de vingt livres, pour compensation, et soulagement des fragments, qui se font ordinairement tant en chargeant lesdites houilles dans les Bâteaux, qu'en les déchargeant, défendant sérieusement aux personnes à établir, de prendre autre trait, leur ordonnant de laisser jouer la balance dans sa liberté, sans teir la main aux chaisnons ou cordages, ni le pied sous le plateau, laissant cependant la liberté aux vendeurs, de donner quelques gongnes d'abondant sur le cent.

Deux.  Que la Charée de charbons sera de vingt-quatre mesures comblées comme d'ancienneté, sans hourder avec houilles ou roulants à l'entour desdites mesures, sans frais tenir la palette ou trouvelle devant ni derrière icelles mesures, lorsqu'elles seront emplies laissant pareillement la liberté aux vendeurs d'en donner quelques unes d'abondant sur une quantité de charées; et en modérant notre Patente outre donné au sujet desdites mesures soient grandes que du passé, pour le pourroient resulter, et qu'icelles mesures soient plus grandes que du passé, pour le bien du public, et utilité du Commerce, ordonnons qu'elles soient uniformes pour tout notre pays de Liège, et jurisdiction ou la houille se débite par gonges, et le charbon par charée de meuse qu'elles soient visitées de temps en temps conformément notre dite patente, et mesurées suivantles marques de notre dit Xhansion, en manière suivante :
Scavoir : l'entier dudit Xhansion, servira aux Compagnons du Métier des Charliers et Fabricateurs, pour façonner et ajuster la hauteur susdite, et mesurer au dehors de côté de la Roulette, et les quatre marques y empreintes, serviront à nos officiers susdits pour mesurer la profondeur du même côté, suivant la deuxième marque, la longueur depuis la tête jusques au derrier, et la largeur dudit derrier, suivant la troisième marque, et la profondeur du même derrier suivant la quatrième, esdites quatre marques, à appliquer au-dedans, et non au-dehors oeuvre d'icelles dites mesures.

trois.  Que chaque Bailly Seigneur ou Officier, établira dans son district, Juridiction, et chaque  village où ledit Commerce s'exerce, tel nombre de personnes qu'il sera nécessaire, sans surcharge, auxquels, auxquelles ils feront prêter serment de fidèlement observer notre présent règlement, et autres Ordonnances, lesquelles à l'exclusion de tous autres, assisteront aux poids des houilles, et mesures des charbons, et auront un patar pour chaque charrée, et dox patars pour chaque cent gonges, à paier par ceux qui les voudront emploier, laissant la liberté aux acheteurs, de se servir, ou ne se servir desdites personnes établies, en cas qu'ils voudroient eux-mêmes, ou leurs domestiques assister auxdits poids et mesures.

Quatre.  Que ceux ou celles qui conduisent avec les mesures et Browettes les houilles et charbons dans les bâteaux se mêleront simplement, et simplement de leur travail, et ne seront sujettes à Serment.

Cinq.  Qu'arrivant que lesdites personnes ainsi sermentées fussent trouvées en faute, et d'avoir inové ledit poid de gongue, ou trait, ou quantité de mesures, autrement que ceux repris en notre présent Règlement, et autres nos anciennes Ordonnances voulons qu'elles soient sans délai, ni support, ou faveur quelconque démises, et casées absolument et irrévocablement de leur charge, et que d'autres soient établies en leurs places, outre le paiement des amendes que justice fauve etgarde aux infracteurs de nos Ordonnances.

Six.  Que tous les Maîtres de Fosses, ou Marchands susdits, qui auront dissimulé, et côopéré à telle inovation desdits traits, et mesures susdits, seront atteints pour la première fois de pareille amende, pour la deuxième fois de la double, pour la troisième d'un arbitraire.

Sept.  Et afin que cettui notre présent règlement parvienne à la connaissance de chacun, à qu'il peut toucher, et que personne n'en puisse prétexter ignorance.  Nous avons ordonné et ordonnons qu'il soit imprimé, publié, affiché, et mis en garde de Loi par toutes les Cours et Justices, dans les districts desquels le prédit Commerce s'exerce ; car telle est notre sérieuse volonté.

Donné sous notre Seel secret en notre cité de Liège, le 9 juin 1670.


1678

Le traité de Nimègue rend Charleroi aux Espagnols.  La population carolorégienne s'accroît grâce à une première mutation industrielle basée sur le charbon, le fer et le verre.
1680

Philippe IV, Roi d'Espagne et des Pays-Bas, délivre un octroy pour l'exécution d'un traité avec quelques particuliers afin de rendre naviguables les rivières du Pièton et de la Senne et de l création d'un canal de la Sambre vers Bruxelles.
"Les entrepreneurs sont autorisés à fossoyer, tourner la rivière du Pièton et asseoir les fossés.".
Mais comme Jumet, où le Pièton passait, était une terre neutre, (le Roi n'y avait puissance qu'à titre d'avoué comme comte de Hainaut), le Roi stipule donc que :
pour le cas ou il serait nécessaire de traiter avec les habitants de Jumet pour y fossoyer ou couper, passer ou tourner ladite rivière, et y asseoir fossés, à cet effet, nous emploierions nos réquisitions vers ceulx qu'il appartiendra à ce que les barques etmarchandises naviguant par Jumet ne pourront être chargés d'aucune imposition.
1693

Population de Jumet estimée à 1.879 habitants.