Lucien DELVECCHIO
1. AVANT-PROPOS
1.1. EVOLUTION DE L'INDUSTRIE EN WALLONIE - CONSIDERATIONS GENERALES
Au cours des 19e et 20e siècles, l'Economie Wallonne est liée à la grande entreprise.  Les charbonnages et la sidérurgie en sont des exemples.

La technologie le développe et l'homme invente des machines.
Pour construire ces machines, il faut de l'énergie.  Cette énergie trouve son origine dans la houille.  (La sidérurgie utilise le charbon pour transformer les minerais.)
La houille sera également un premier combustible pour faire fonctionner ces machines.

Significativement, on voit la production wallonne de charbon passer de 3.000.000 T en 1831 à 23.000.000 T en 1910.  La production de machines à vapeur passe de 309 (1830) à 13.361 (1910).

Par contre, l'agriculture wallonne perd son importance relative en matière de nombres d'emplois.  (340.000 emplois en 1856 pour 163.000 emplois en 1910).  Pour la même période, le secteur industriel explose et double les emplois disponibles (310.000 emplois en 1856 pour 664.000 en 1910).

L'industrialisation de la Wallonnie s'est essentiellement concentrée auour des gisements de houille localisés dans le sillon Sambre-et-Meuse, et plus particulièrement dans les provinces du Hainaut et de Liège.

Les provinces de Namur et de Luxembourg ont conservé leur caractère rural avec comme exception industrielle : la Basse-Sambre à quelques kilomètres de Namur, et pour le Luxembourg la région d'Athus.
D'autres pôles se développent dans des branches plus ou moins proches de la métallurgie : la fabrication d'armes et de vélos à Herstal, l'industrie textile dans les régions de Verviers t de Tournai, la verrerie le long de la Sambre.

Comment expliquer l'explosion du charbon ?

Après la révolution Française (1789), l'essor du charbon borain a été provoqué par une invention française : la distillation de la Houille.  Le Français Philippe LEBON avait en effet tiré du gaz à partir du charbon, un gaz qu'il destinait à l'éclairage.  Le charbon borain, à forte teneur volatile, convenait parfaitement à cet usage.

Liège et Charleroi ont profité d'une autre invention, anglaise cette fois.  Abraham DERBY préconisa l'utilisation du coke (obtenu par la distillation de la Houille) pour alimenter les hauts-fourneaux (transformation du minerai de fer en fonte).  C'est ainsi que les deux bassins charbonniers devinrent également des bassins sidérurgiques.

Sous l'Empire, le réseau routier devint épouvantable : les chemins défoncés par le passage des armées qui venaient se battre sur ces mornes plaines...  Conséquenses  le charbon de Charleroi, arrivant à Bruxelles, avait quadruplé de prix.

1815, la Belgique est rattachée aux Pays-Bas.  Les voies d'eau furent modernisées.  La Sambre est canalisée de Landelies à Charleroi tandis que débutait le creusement du canal Charleroi-Bruxelles.

Le début du 19e sièle marque le vrai départ de la révolution industrielle...   Les dernières petites exploitations disparurent, laissant la place aux grosses sociétés utilisant les nouvelles techniques et le machinisme.

De 1830 à 1850, les machines d'exhaure des eaux, considérablement améliorées, permirent aux Liègeois de creuser des puits plus profonds. 
Au charbonnage de Mariemont, Abel Warocqué perfectionna le système de descente et de remontée du personnel.
Evence-Dieudonné Coppée construisit, à Haine-Saint-Pierre, des fours à récupération pour le coke.
Lesoinne à Liège, construisit un ventilateur perfectionné pour l'aération des galeries...

Une crise passagère se présenta en 1848-1849, due, selon l'Association charbonnière de Charleroi, à "l'instabilité politique de l'Europe et surtout en France où la révolution grondait à l'état permanent pour aboutir aux journées de février qui renversaient à tout jamais la monarchie".

En 1873, grosse demande de charbon qui abouti, en 1879, à une nouvelle crise.  La loi pure de l'offre et de la demande réglementait les prix et conditionnait ainsi une révolution en zig-zag.

A la fin du 19e siècle, la production avait de la forte concurrence : l'Angleterre et l'Allemagne.  Pour se défendre, les patrons charbonniers se regroupèrent, à l'occasion, pour obtenir certaines adjudications juteuses: livraisons aux chemins de fer Belges (1904), français (1906) etc...


En 1914, après l'invasion allemande, les outils de production du charbon étaient restés en place et, sauf pour les mobilisés, la main d'oeuvre était en place également.  Il était hors de question que les allemands fassent venir le charbon d'Allemagne pour leur effort de guerre.  Le désastre national en hommes et en richesses, qu'auraient entraîné la fermeture des puits, était le motif de la poursuite des exploitations.

L'après-guerre apporta un renouveau par l'essor de la métallurgie, engagée dans la reconstruction, et par la fermeture de nombreux sièges du Nord de la France.  Des modifications sociales importantes virent le jour : journée de 8h00 et semaine de 6 jours, liaison des salaires à l'index, interdiction du travail des enfants, etc...

La crise de 1930 toucha également les charbonnages.  Le chômage s'installe confortablement en Wallonnie et les salaires diminuent.

Le 8 juillet 1932, la grève gagne le Bassin de Charleroi.  Le 10 juillet (un dimanche...), l'état de siège fut ordonné dans toute la province du Hainaut, des centaines d'arrestations furent opérées.
Le 4 septembre 1932, la reprise du travail fut décrétée...  La grève avait duré 2 mois et ne rapportait aucun avantage aux mineurs.

Les années 30 voient également la fermeture de nombreux charbonnages.  1920 : 119 concessions -- 1939 : 77 concessions.

La guerre 40-45 mis en évidence l'usure du matériel, sans entretien, dans des gisements difficiles.

La reconstruction d'après-guerre était basée sur l'industrie lourde.  Van Acher et son gouvernement décidèrent de lancer le pays dans "la bataille du charbon".  L'importance du charbon avait atteint son apogée...  A l'époque, le charbon était le principal combustible : chauffage, fabrication de l'acier, production de l'électricité, alimentation des bâteaux, locomotives...

Les charbonnages manquant de main-d'oeuvre, le gouvernement décida d'envoyer au fond des prisonniers de guerre allemands (34 en avril 1945, 45.989 en janvier 1946 !!!).  La cohabitation entr l'armée, le gouvernement et les mineurs était de plus en plus pénible.  Sous la pression de l'opinion publique, ces prisonniers furent libérés en 1947.
La main-d'oeuvre fut recrutée à l'étranger.  En 1946, les 500 premiers étrangers à venir dans nos charbonnages...  sont suisses !!!
L'accord de 1946, entre les gouvernements Italien et Belge, prévoyait l'embauche de 46.000 hommes contre la fourniture de charbon. 
Vinrent ensuite les autres tels que : Ukraine, Pologne, Baltes, Apatrides000

Pour relancer la production d'après-guerre, l'Etat imposa aux charbonnages de vendre en-dessous du prix de production et se chargeait de combler la différence (jusqu'en 1947, où Il fit supporter aux charbonnages rentables les pertes de ceux qui ne l'étaient pas !)
Ce phénomène permis aux grosses entreprises consommatrices de houille de réaliser de plantureux bénéfices et augmenter les salaires des travailleurs.  Les mineurs changeaient donc naturellement de secteur, ce qui obligea des charbonniers à augmenter les salaires afin de retenir la main-d'oeuvre...  D'où, nouvelle augmentation du coût de production du charbon.

Ce manque de productivité de la houille belge fut constaté en 1951, lors de la création de la CECA.  D'autres sources d'énergie commençaient également à prendre une place de plus en plus importante sur le marché...  De 1953 à 1957, la Belgique connu ses dernières belles années du charbon...  En 1957, le pétrole devenait un sérieux concurrent et en 1959, les stocks de charbon s'amoncelèrent sur les carreaux de mines...


EN GUISE DE SYNTHESE : FIN DU REIGNE DE LA HOUILLE

La production du charbon a vécu un déclin irrémédiable dès l'entre-deux-guerres.
Les raisons les plus remarquables sont :

1. Epuisement des ressources naturelles
Le coût de production s'élève au fur et à mesure que les puits descendent...

2. Augmentation du coût de la main-d'oeuvre
Le coût de la main-d'oeuvre des pays de l'Est est impossible à concurrencer.

3. Production très peu manufacturée en Belgique
L'acheteur étranger achète donc son charbon selon le prix (largement inférieur dans les pays de l'Est).

4. Arrivée de nouvelles sources d'énergie
L'électrification, le pétrole, le gaz...