Albert DEQUESNE
CHAPELLES ET POTALES
NOTRE DAME DE HAL - rue des Hamendes
Située à la limite du territoire de Jumet Hamendes, la construction se trouve entre le n° 78 de la rue des Hamendes à Jumet et le n° 17 de la même rue des Hamendes à Ransart, au débouché de la rue de la Trappe.
A l'étude, deux possibilités de date de construction apparaissent : 1874 et 1889.

Dans les archives de Tournai :
"Aux confins de Jumet Houbois a été construite une chapelle plus grande en 1874 par la famille Libotte."

Effectivement, sur le fronton figurent, en plus de l'inscription "Notre Dame de Hal priez pour nous" les initiales F.J.L. : François Joseph Libotte, ainsi que M.F.A. : Marie Françoise Allard, son épouse.
Le document d'archives précise "... une chapelle plus grande... ", ce qui laisse sous-entendre la présence d'une construction antérieure plus petite.

Or, aucun document ou carte de l'époque ne porte trace d'une quelconque chapelle.
(Les parcelles faisant face à la rue de la Trappe sont identifiées sur un plan de 1858, mais aucune trace de chapelle...)

Une certitude : c'est bien François Joseph Libotte qui a fait construire l'oratoire.  Directeur du charbonnage d'Apaumée, il habitait une maison située chaussée de Gilly et dont le terrain en "L" possédait une sortie rue des Hamendes, là où se dresse la chapelle.
Mais pourquoi cette construction ?  Trois pistes, de la plus plausible à la plus légendaire s'offrent à nous...
PREMIERE PISTE :

F. J. Libotte aurait voulu cette construction parce qu'il avait été épargné lors des émeutes de 1886 ("simple" grève aux ateliers Libotte entre autres par opposition à la destruction et à l'incendie des verreries et du château Baudoux situés à quelques centaines de mètres de la maison Libotte).
Le château Baudoux - Etat actuel (cl. A. Dequesne)
R : après le décès de son épouse, F. J. Libotte partira vivre chez les Franciscains de Manage auxquels il fera don de tous ses biens.
DEUXIEME PISTE :

On parle d'une épidémie de peste à Ransart entre 1858 et 1859...  On prie Notre Dame de Hal.  Les terrains voisins au lieu qui nous occupe sont très marécageux et propices au développement des épidémies.  Une première petite construction aurait donc bien été réalisée en remerciement pour avoir survécu à la contagion.  Des Libotte habitaient à l'époque rue de la Trappe !
J.F. Libotte aurait plus trad fait dresser un édifice plus cossu !
TROISIEME PISTE :

Une légende ?

Au 17ème siècle, outre les étangs existant toujours dans la vallée du ruisseau de Lonzauri (lieux-dits La fontaine des malades et La Cayauderie) un plus petit se situait dans le triangle
rue de la Trappe / rue des Hamendes / chaussée de Fleurus.
(cl. A. Dequesne)
Dans un de ces étangs, aurait vécu une carpe monstrueuse.  L'animal ayant dévoré une petite fille tombée à l'eau, on aurait fait appel à un abbé de Lobbes pour exorciser la pièce d'eau.  Une potale aurait alors été érigée en souvenir.

Ceci dit, rien ne précise de quel bassin il s'agit...
Voilà où on en est dans l'histoire de Notre Dame de Hal...  Et cela fait beaucoup de conditionnels !  Il est à noter que quelques passionnés des Hamendes ne désespèrent pas un jour en savoir plus !

Aujourd'hui, si l'apparence extérieure n'inquiète pas trop, il faut hélas constater que l'intérieur est en assez piteux état : plafonnage des murs, plafond... !!!
(cl. A. Dequesne 2003)
Autrefois on y trouvait un autel en bois et une statue de Notre Dame de Hal.  Des témoignages précisent qu'entre 1960 et 1967, il n'existait déjà plus ni statue ni mobilier.

Une statue aurait été replacée entre 1970 et 1985 mais a également disparu... (volée ?)
Après un incendie, le propriétaire de la maison voisine aurait (+/- 1983) refait la toiture et rénové l'intérieur.

Un autre sinistre a raison de la nouvelle couverture en 1992 : la remise en état est alors prise en charge par la paroisse St Pierre à Ransart.

Aujourd'hui, l'ASBL "Marche des Hamendes" a demandé de gérer la chapelle.
Cl. Coll. F. Pacifici - Marche des Hamendes
Mercià Monsieur Fabian Pacifici, Président-Coresponsable de l'Asbl St Lambert-Château Mondron, pour ses notes que nous vous livrons ici in extenso.

"Aux Hamendes, 2001 n'était pas une année comme les autres, cette année-là on pouvait fêter :
les 300 ans de la ferme "Cense dè gaille" au carrefour mouchette,
les 120 ans du château Mondron,
les 70 ans de l'église Saint Lambert et
les 115 ans des émeutes de 1886, dont l'incendie du château Baudoux (dans le quartier) fut un des éléments marquant !

Alors sous l'impulsion de quelques membres du mouvement de jeunesse des Hamendes et de quelques habitants, une marche folklorique escortant la bannière de Sainte Rita fut mise sur pieds, reprenant ainsi une ancienne procession en l'honneur de la sainte (dont le culte aux Hamendes remonte à la construction de l'église en 1931.)


Coll. HUNIA CASTELLUM
Cette nouvelle activité eut également comme but de faire revivre ce quartier délaissé depuis quelques temps et d'en changer son image négative !  On commença par remettre à l'honneur l'histoire du quartier des Hamendes.  En effet, en plus de la bannière escortée par des marcheurs en 2ème empire, un peloton de "souffleurs de verre" promène une lanterne appelée 'l'Hamendoise", symbolisant le passé, le présent et l'avenir de notre quartier.  Cette petite flamme représentant non pas le côté "destructeur" du feu mais celui "d'une lumière vivante" encore une façon supplémentaire de croire en ce quartier.  Le feu était très présent dans la vie industrielle du hameau : briqueteries, incendie du Château Baudoux en 1886, mais surtout le "feu" nécessaire au fonctionnement des fours à verre.  Rappelons d'ailleurs que c'est à Jumet - Hamendes à la fin du 16è siècle que fut installée par la famille "de Colnet" la première verrerie "industrielle" de Charleroi.




(cl. A. Dequesne)
(cl. A. Dequesne)
Coll. HUNIA CASTELLUM
Un point important est également soulevé grâce à la Marche Sainte Rita, celui des quatre chapelles présentes sur le territoire des Hamendes.  Elles ont toutes une particularité historique et religieuse.  Afin de conserver ce petit patrimoine populaire, l'association Marche des Hamendes a décidé de sauver chacune d'elles mais principalement la chapelle Notre Dame de Hal.  Symbole des luttes de 1886 cette chapelle fait partie intégrante du Folklore de la Marche Sainte Rita.  Un tir de file vers son intérieur est organisé le dimanche de la marche vers 15h15 (tir symbolisant l'incendie du château et des verreries Baudoux). 

Mais cette chapelle est en très mauvais état.  Malgré un petit nettoyage en août 2001, elle nécessite d'important travaux de réfection.

Le projet de l'association est de permettre, en partenariat financier avec des clubs tels que le Lions ou le Rotary, à des élèves des sections professionnelles de l'UT (Université du Travail de Charleroi) et du collège des Aumôniers du travail (Charleroi) d'utiliser la chapelle ND de Hal comme terrain de travail et d'apprentissage.

L'association espère ainsi, après avoir confirmé sa demande de tutelle sur la chapelle auprès de la paroisse de Ransart, terminer les travaux pour septembre 2006 lors du 120è anniversaire des émeutes de 1886.


Fabian PACIFICI