Philippe GOETHALS
HEIGNE ILLUSTRE

2. Place du Prieuré : Son Eglise et ses 2 Châteaux
1920
Comme la carte postale l'indique, il s'agit ici de la "Vieille place" de Heigne, puisque Heigne se limitait jadis à un petit hameau composé d'un territoire réparti sur la rue de Mons, la rue Houtart, le Chemin du Garde et l'actuelle Place du Prieuré.  Le reste du quartier de Heigne, que nous connaissons actuellement, se bornait à des terrains boisés ou couverts de champs de bruyères et de marécages.

Depuis l'agrandissement du quartier d'Heigne, c'est la place Francq (ancienne place du Sablon) qui a "supplanté" la place du Prieuré de par sa position centrale.  Toutefois, pour les "Sarrasins", c'est la place du Prieuré qui a le plus de valeur sentimentale, de par son arge passé historique, sa Chapelle, son Prieuré et son célèbre "tour de la Madeleine".

Et puis cette vieille place, malgré l'urbanisation, a pu garder encore de nos jours une partie de son aspect campagnard et paisible de jadis.  Certaines maisons ont été restaurées dans le style d'antan et la Chapelle trône toujours aussi majestueusement sur cet ensemble pittoresque.

Seule la Madeleine vient, joyeusement, animer une fois par an l'endroit pendant une semaine complète.  La Chapelle et sa Place en restant tourjous les acteurs principaux, puisqu'elles sont le point de départ et d'arrivée de la procession organisée en l'honneur de leur Sainte Protectrice, Sainte Marie Madeleine.
La Messe militaire se célèbre sur la Place du Prieuré depuis la fin de la guerre 40-45 et non plus à l'intérieur de la Chapelle.  Nous nous situons dans les années 1950.  L'Autel est dressé contre le mur du transept, les prêtres de l'époque célébraient encore la messe en tournant le dos aux fidèles sauf pour le passage à l'offrande lor de la vénération des reliques de Sainte Marie Madeleine.
LA CHAPELLE D'HEIGNE
Nous devrions plutôt dire l'Eglise d'Heigne car tous les textes anciens la désignent comme "Eglise".

Elle est un véritable témoin du passé historique de Heigne, à Jumet et de la région carolorégienne; il s'agit d'une véritable oeuvre d'art roman dont il ne reste que bien peu d'exemplaires dans nos parages.

La date exacte de sa construction nous est inconnue, toutefois, le style roman que l'on retrouve à l'intérieur de l'édifice nous fait penser au 12è siècle.  Elle fut probablement construite par les moines de Lobbes pour remplacer un ancien sanctuaire, sans doute en bois, déjà dédié à Notre Dame de Heigne mais devenu insuffisant tant la vénération de la Vierge de Heigne prenait de l'ampleur.

Toutefois, la Chapelle actuelle n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut autrefois.  Ses dimensions d'origine étaient deux fois supérieures à celles que nous connaissons aujourd"hui au niveau de sa longueur et de sa hauteur, d'autant plus qu'au 13è siècle, sa largeur fut agrandie par l'adjonction de bas-côtés accolés à la nef primitive.  Malheureusement, fin du 15è siècle ou début du 16è siècle, (selon les auteurs) l'édifice fut en partie détruit probablement par un incendie; il fut amputé de sa tour et de la moitié de sa nef.  Les travaux de sauvetage durèrent un long moment, faute de moyens de l'abbaye de Lobbes d'autant plus que la vénération à Notre Dame de Heigne tombait peu à peu en désuétude. 

Ce n'est qu'au 17è siècle que le choeur fut reconstruit.  La Révolution Française sonna définitivement le glas de l'Eglise de Heigne, les moines durent s'enfuir et cédèrent l'Eglise et le Prieuré à la commune de Jumet qui les vendit à Antoine Houtart.  Ce dernier construisit une verrerie derrière le sanctuaire et transforma l'Eglise totalement désaffectée en magasin à verre.

Malgré tout, le culte reprit peu à peu au début du 18e siècle.  En 1859, Marie Antoinette Houtart restaure l'édifice; notemment la charpente et le clocheton que nous avons connu jusqu'en 1976; et rend l'Eglise officiellement au culte mais celle-ci perdit son titre d'Eglise pour devenir Chapelle annexe de l'Eglise du Chef-Lieu.

Notre Dame de Heigne parfois appelée "Vierge aux cailloux".

Statuette en laiton de 32 cm de hauteur datant de 1571.
Sainte Marie Madeleine

Statue polychromée en bois datant du début du 19è siècle, située dans la niche de l'autel du transept droit.
Heigne, jadis nommé "Hunia Castellum" était un haut lieu de pélerinage.  C'est à la vénération vouée par les populations des environs à la Vierge de Heigne que l'on doit la construction au 12è siècle d'une vaste Eglise en plein milieu du petit hameau de 40 à 50 habitants.

Au 13è siècle, les moines de Lobbes bâtirent un Pieuré sur les fondations de l'ancien fortin de Heigne et agrandirent l'Eglise.

La processon qui lui était dédiée se perpétua mais fut peu à peu vouée à Sainte Marie Madeleine comme c'est toujours le cas de nos jours.
Deux cartes postales, dont les vues datent du même jour et prises à quelques minutes d'intervale lors d'un lundi de Madeleine 1903
Remarquez que la lisière du bois d'Heigne arrive jusqu'à la rue Houtart et la Place Francq
L'Etat-Major attend 10h00 avant d'entrer dans la Chapelle (avant 1950)
Selon la légende la plus populaire de la Madeleine, la châtelaine d'Heigne fut également atteinte du fléau de la peste; tout le monde était dans la désolation et un drapeau noir, emblême piaculaire, flottait au clocher.
Le dernier drapeau, celui des Matelots, entre à son tour dans la Chapelle.  Il n'y a plus que les civils qui font la file pour y pénétrer.
1908 : Le mur d'enceinte de la verrerie est toujours existant avec son entrée et sa grille encadrée par deux bornes de pierres.  Sur la gauche, les plus veilles maison de la place, beaucoup plus basses que les autres.
1913 : La place avait vraiment un aspect campagnard, véritable pré et plaine de jeux pour les enfants.
Années 1920 : La chapelle avait encore son statut d'Eglise...
1937 : l'intérieur fut restauré (1907), les murs furent replâtrés et entièrement repeints.  Ci-dessus, la seule carte postale que nous connaissons nous dévoilant l'intérieur restauré de la chapelle.
1937 : Vue de l'extérieur, cette restauration, effectuée par Simon Brigode, a réduit considérablement les fenêtres de la nef permettant la remise à jour des arcades romanes du 13è siècle.
MARS 2001 : Le clocheton de la Chapelle modifié (1976).
LE CHATEAU D'HEIGNE ou
L'ANCIEN PRIEURE ou
LE CHATEAU DOGNIAUX
Heigne était devenu au 13è siècle un centre renommé en l'honneur de Notre Dame de Heigne.  Cela motiva l'abbaye de Lobbes à installer des moines à Heigne en créant un Prieuré cistercien sur l'emplacement de l'ancien fortin. 

Situé à une 50aine de mètres au Sud de la Chapelle, le Prieuré permettait aux moines de mieux assurer le culte et de pouvoir offrir gîte et couvert aux nombreux pélerins.  Cette mission d'hospitalité du Prieuré amena d'ailleurs certains auteurs à en parler en tant qu'hôpital d'Heigne; Sainte Marie d'Oignies y a certainement séjourné lors de ses pélerinages à Notre Dame de Heigne.
Dès 1906, le docteur Dogniaux aménagea l'habitation ainsi que ses abords.  Il créa un très joli parc s'étendant sur 4 hectares de terrains.
Lors de la Révolution Française, les moines s'enfuirent.  Le Prieuré et l'Eglise furent vendus à la Commune de Jumet.  Le Prieuré recevra une destination d'hospice et de pensionnat, mais sans succès car en 1802, l'édifice est acquis par Antoine Houtart (avec l'Eglise).  Il aménagea l'immeuble en habitation personnelle.  Le Prieuré deviendra propriété du Dr Dogniaux en 1906.

En 1963, il devient propriété du home "La Maison des Eclaireurs", comme c'est toujours le cas actuellement.
La carte ci-dessous n'a jamais été éditée...
CHATEAU DES SOEURS
16, Place du Prieuré, tout près de l'orée du bois d'Heigne se dresse une des anciennes demeures de la Congrégation des Soeurs de Charité de Notre-Dame de Bonne-Espérance.  Cette bâtisse fut construite par les soins et la générosité de Marie-Antoinette Houtart à la demande de Mr Pauvaux qui fut le curé de Jumet pendant près de 35 ans. 

Les Soeurs virent se fixer à Heigne en octobre 1866 afin de visiter les malades pauvres à domicile; mission particulièrement utile dans cette immense commune industrielle de Jumet disséminée sur un très vaste territoire.

A Heigne, elles se mirent également au service du Docteur Dogniaux, 4 d'entre elles débutèrent à la création de l'Institut Dogniaux en 1893 pour se retrouver au nombre de 15 car il fallut dès 1909 désservir l'Hôtel Dieu, créé également par le Dr Dogniaux pour les personnes moins aisées.

Ci-dessous, les voici à l'ouvrage en présence du Dr Dogniaux en personne.

De nos jours, cédée par la Congrégation, la bâtisse a été complètement rénovée et aménagée par et pour les oeuvres de l'abbé Trigalet.